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Cette traduction inédite en français a été réalisée par Laurent Vannini et coordonnée par Rahma Jerad sur un financement ANR - programme IDEX (©) dans le cadre du projet de recherche Écrire l’histoire depuis les marges - HDML.

Référence du texte traduit :
John Hope Franklin, Les West Point du Sud, chapter 8, The Militant South 1800-1861, 1956.

>>> Lire l’ouvrage en anglais

Notice de la traduction :
John Hope Franklin, l’histoire africaine-américaine de la marge au centre
Par Rahma Jerad


John Hope Franklin

2 janvier, 1915, Oklahoma — 25 mars 2009, Caroline du Nord

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John Hope Franklin était historien et enseignant.

Une biographie très complète avec une chronologie intéractive est disponible sur le site de la Duke University Libraries.




Références de citation

Franklin John Hope, Vannini Laurent (trad.) (2018). “John Hope Franklin, « Les West Point du Sud », chapitre 8”, in Le Dantec-Lowry Hélène, Parfait Claire, Renault Matthieu, Rossignol Marie-Jeanne, Vermeren Pauline (édité par), Écrire l’histoire depuis les marges : une anthologie d’historiens africains-américains, 1855-1965, collection « SHS », Terra HN éditions, Marseille, ISBN: 979-10-95908-01-2 (http://www.shs.terra-hn-editions.org/Collection/?John-Hope-Franklin-Les-West (...))

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Traduction de Laurent Vannini
Coordination de Rahma Jerad


Le vif intérêt que suscitait l’éducation militaire dans le Sud était ostensible bien avant que l’esprit martial ne s’y manifestât formellement. Les premières tentatives d’ouverture d’écoles militaires ne furent pas pleinement couronnées de succès, mais laissaient présager ce qui allait bientôt advenir. Durant la première décennie du dix-neuvième siècle, la Caroline du Nord implanta des instituts militaires et introduisit les valeurs militaires au sein de certaines écoles déjà établies. En 1809, un instructeur de la Raleigh Academy mit sur pied une compagnie militaire qui défila autour du square du Capitole et se vit remettre un étendard par les filles de l’école 1. L’année suivante, dans le Comté de Stokes, Archibald Murphey commença à implanter une formation d’officiers de milice au sein de certaines écoles. L’entreprise fut une telle réussite qu’il l’étendit à d’autres Comtés et villes durant les quelques années qui suivirent 2. En 1826, le journal Raleigh Register annonça que le capitaine D. H. Bingham allait ouvrir un Institut Scientifique et Militaire à Williamsborough. Un programme complet de cours y serait proposé, et les règles d’administration de l’école auraient comme modèle « l’organisation de l’École Militaire de West Point et de l’Académie du capitaine Partridge 3. » Après avoir déménagé son école à Littleton, puis à Oxford, et enfin à Raleigh, Bingham ferma l’institut en 1833 et accepta un poste d’ingénieur des chemins de fer dans l’Alabama 4.
Entre-temps, en 1830, le capitaine Ransom avait ouvert une école militaire à Fayetteville ; et au cours de la première année, les cadets de son école défilèrent autour du Capitole en compagnie des cadets de l’institution de Bingham, convergèrent vers « la maison du Gouverneur où ils passèrent en revue devant le gouverneur, puis prirent part à une collation. » L’apparence des jeunes soldats était « tout à fait militaire », commenta le Register, « et la régularité de leurs mouvements ainsi que la précision avec laquelle ils exécutaient leurs différents déplacements auraient fait honneur aux troupes régulières 5. » En 1833, le colonel Carter Jones ouvrit une école à Raleigh dans laquelle il proposait de former à « l’Infanterie et aux Tactiques d’Infanterie Légère, ainsi qu’aux Exercices de maniement du Sabre et de Mouvements de Cavalerie... » Il convia des officiers de milice, et toute personne qui était intéressée par le sujet, à se joindre à lui. Jones mit également sur pied des écoles à Rolesville et Wilmington, et partagea son temps entre les trois lieux 6. « Dès 1840, bien que conduite de façon irrégulière, l’éducation militaire établie par la Caroline du Nord au cours de la génération passée, instaura des modèles et traditions qui se révéleraient importants dans l’avenir. »
La Caroline du Sud avait pris du retard sur l’État voisin avant 1840, mais commençait à montrer un certain intérêt pour l’éducation militaire dès 1825. La visite du général Lafayette à Columbia cette année-là, fut l’occasion de former une compagnie de cadets de l’Université de Caroline de Sud afin de participer à la célébration. Le groupe d’étudiants fit une telle impression qu’il lui fut accordé de se maintenir de manière permanente, et l’État lui procura des armes. Il fut cependant estimé plus sage d’exiger que les armes fussent entreposées dans l’armurerie publique après chaque utilisation officielle 7. En 1827, un jeune diplômé de Dartmouth, Rufus William Bailey, implanta une école militaire, religieuse et d’études de lettres classiques à Rice Creek Spring. Elle attira beaucoup de monde, et sembla vouée, pendant un certain temps, à un brillant avenir. Néanmoins, durant la crise de la nullification, l’opinion publique s’opposa à l’idée qu’un habitant du Nord dirigeât une école militaire qui fut alors contrainte de fermer ses portes 8.
Les citoyens du Mississipi avaient du mal à comprendre pourquoi le Jefferson College rencontrait si peu de succès depuis sa fondation en 1802. Beaucoup souhaitaient en effet qu’il prospère, dans un État où rien ne semblait engagé pour une renaissance du système éducatif. Certains pensaient qu’il devait chercher le soutien de l’État, mais l’administration de l’université décida qu’une telle entreprise ne serait sans doute pas très sage. Cependant, en 1826, ils firent entrer le gouverneur et le gouverneur adjoint au conseil d’administration et autorisèrent la législature à désigner les futurs membres du conseil lorsque des places y seraient vacantes 9. Malgré ces initiatives, les graves problèmes de budget d’un côté et de fréquentation de l’autre ne furent pas résolus. Finalement, en 1829, il fut décidé d’adopter un système d’enseignement semblable à celui de West Point. E. B. Williston fut élu à la présidence, et le commandant John Holbrook, auteur d’un ouvrage de tactique militaire, fut chargé de la formation militaire 10. Du jour au lendemain, pour ainsi dire, le Jefferson College se mit à prospérer. En moins d’un an, les inscriptions passèrent de 98 à 150, et l’un des nouveaux cadets avait même été inscrit au tendre âge de cinq ans 11 ! Avec cette forme d’organisation militaire, disait-on, le College 12 « était plus florissant à tous les égards que n’importe quel autre établissement du Sud-Ouest 13. » Lorsque le commandant Holbrook mourut en 1832, la formation militaire fut confiée à l’omniprésent Alden Partridge. Étant donné qu’il passait la majeure partie de son temps dans le Nord et que ses opinions sur l’esclavage étaient mal vues dans l’État, il échoua à rallier un soutien dans la région et démissionna assez vite. Le conseil d’administration décida d’abandonner le système West Point, et les inscriptions déclinèrent presque aussitôt 14. Le Jefferson College renoua avec les signes de la croissance remarquable connue vingt ans auparavant lorsqu’il rétablit son programme militaire en 1850 15.
L’Alabama manifesta un certain intérêt à l’égard de l’éducation militaire avant 1840. En mai 1831, le colonel Jabez Leftwich proposa de diriger une école militaire qui formerait des officiers dans la région de Huntsville. L’annonce publiée à sa création stipulait que les conditions d’entrée étaient « si raisonnables, ne méritant même pas qu’on s’y attarde, et l’opportunité si unique, qu’officiers commissionnés, sous-officiers, et autant de soldats qui l’estimeront judicieux, tireront avantage et rendront un service au pays en se présentant... en s’inscrivant... et en s’en remettant avec le plus grand dévouement au talentueux maître des manœuvres, afin de sauver le système de la milice de la disgrâce dans laquelle il évolue péniblement aujourd’hui 16. » La même année, M. R. Dudley et Bradley S. A. Lowe annoncèrent leur projet d’ouverture d’une école scientifique et militaire à Huntsville, prenant modèle sur l’Académie de Partridge 17. Ils proposèrent d’ajouter aux « sections traditionnelles de l’enseignement théorique la stratégie d’organisation des camps militaires » et, ce faisant, « de rendre l’instruction encore plus agréable à la jeunesse de notre pays 18. » L’école ouvrit ses portes le 2 janvier 1832 19. Il est vraisemblable qu’elle n’ait pas rencontré un succès flamboyant, car le journal local, qui avait été enchanté de cette perspective, n’eut rien à dire de plus à ce sujet. Cependant, l’Alabama n’avait aucune raison de s’inquiéter ; bientôt viendrait le moment où il prendrait la tête des États du Sud pour ce qui est du nombre d’écoles militaires. Les premières expériences menées par la Caroline du Nord, l’Alabama et le Mississippi ne pouvaient pas être considérées comme des réussites, et n’attirèrent localement ni sympathie ni soutien.

Pour devenir plus que des centres d’éducation physique ou des maisons de redressement, ces écoles militaires devaient obtenir le soutien de l’État, non seulement en raison des frais considérables qu’elles généraient mais également par la nature même du service qu’elles devaient rendre à la communauté. Avant que les citoyens de Virginie n’envisagent la mise en place d’écoles militaires, personne dans le sud n’avait jamais semblé tenir compte de ce problème. En 1834, la Franklin Literary Society de Lexington discuta de l’éventualité de substituer une école militaire aux régiments de gardes de l’État. L’idée plut à un certain nombre de citoyens influents qui réfléchirent sérieusement à la question. En août 1835, un jeune avocat du nom de John T. L. Preston, commença à publier dans le Lexington Gazette des articles préconisant l’ouverture d’une école militaire. Rapidement, une requête officielle fut adressée à la législature de Virginie à ce sujet 20. En mars 1836, cette dernière vota un projet de loi prévoyant le démantèlement de l’Arsenal de Lexington, l’instauration d’une école militaire à sa place, et la nomination par la législature de l’État d’un conseil des visiteurs. Le conseil devait être composé de quatre membres dont l’adjudant-général comme membre de droit.

Le conseil des visiteurs fut établi sous la présidence de Claudius Crozet, un ingénieur de renom, diplômé de la célèbre École Polytechnique. Francis Henney Smith avait planifié le programme de l’Institut pour son ouverture et conçu les règles visant à son administration 21. Aussi fut-il nommé administrateur de l’école. Le conseil nomma également vingt élèves officiers de l’armée régulière ainsi que treize cadets rémunérés, « des jeunes hommes on ne peut plus brillants, et dont le caractère, en vérité, dépasse nos attentes les plus optimistes 22. » Pendant trois ans, l’école ne fut guère plus qu’un département de l’Université de Washington 23. Le 11 novembre 1839, le drapeau de la Virginie fut levé au-dessus de l’Institut Militaire de Virginie, qui était déjà devenu une école à part entière. Elle continua à prendre en charge les étudiants de l’Université de Washington durant les six années qui suivirent. Toutefois, cela s’effectuait dans le cadre d’un montage financier permettant de disposer de ressources en provenance de la Société de Cincinnati 24. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire américaine, un État était devenu l’unique bailleur de fonds d’une institution consacrée à l’éducation militaire de sa jeunesse.
L’instruction militaire pratique débuta durant le printemps 1840, et les cadets, « dans leurs uniformes galonnés, constituèrent rapidement une compagnie militaire de fière allure, dont les manœuvres étaient aussi affûtées que sa discipline et son personnel 25. » En juin, lorsque le conseil des visiteurs se déplaça pour conduire les premiers examens annuels et inspecter le corps des cadets, il fut tout à fait ravi de ce qu’il trouva. Le travail réalisé durant la première année était si satisfaisant en tous points que l’école fut rapidement baptisée « La West Point du Sud » et sa renommée se propagea comme une traînée de poudre au-delà des frontières. Dans le même temps, le corps des cadets avait plus que doublé en effectifs. Malgré tout, le nombre de candidats excédait de loin les capacités d’accueil de l’Institut. Dans le même temps, la législature autorisa l’attribution de commissionnements au sein de la milice d’État pour les personnels enseignants de l’Institut 26.
En quelques années, l’Institut Militaire de Virginie avait non seulement gagné sa place dans le cœur de de la population mais était également devenu un élément essentiel du programme éducatif et militaire de l’État. Dès 1850, un Virginien rempli de fierté exprimait son enthousiasme à l’égard du fait que l’un des plus grands charmes de l’institution provenait de son « esprit éminemment virginien. Dans tous ses traits – toutes ses caractéristiques, elle est virginienne. » Il affirmait ne pas être le défenseur d’un genre étroit et restreint de patriotisme d’État mais, à un moment de l’histoire où les mœurs, les institutions et les opinions subissaient de telles mutations, il était heureux qu’existe un lieu où quelque chose de propre à la Vieille Virginie puisse être préservé — « Un autel sacré où au moins un fragment de la flamme inaltérée de l’esprit de la Virginie et de la fierté de la Virginie puisse être protégé avec ferveur par un groupe de jeunes Virginiens, et légué dans toute sa pureté aux générations suivantes 27. »
Il semble que la réussite exemplaire de l’expérience menée en Virginie ait été l’élément moteur du lancement d’un programme d’éducation militaire en Caroline du Sud. Si l’on se souvient des graves tensions du début des années trente et le penchant pour les valeurs militaires à l’époque, il est assez surprenant de constater que la Caroline du Sud ne donna pas le ton quant à la promotion de l’éducation militaire, mais en suivit le rythme. Dès 1842, l’expérience menée par la Virginie avait à ce point marqué les Caroliniens du Sud qu’ils furent persuadés qu’un tel programme jouirait d’un très grand succès dans leur État. Dans son message adressé à la législature de Caroline du Sud, le gouverneur John P. Richardson souligna la réussite de l’Institut Militaire de Virginie. Cela prouvait à sa grande satisfaction qu’un système éducatif pouvait être conjugué aux devoirs relatifs à la protection de l’État. Heureux le jour, poursuivit le gouverneur, où les diplômés de l’école militaire de Caroline du Sud conjugueraient « l’esprit d’initiative et la fermeté du tempérament militaire à l’acquisition des enseignements académiques 28. » La législature partageait son avis, et le 20 décembre 1842, elle adopta une loi visant à transformer l’Arsenal de Columbia ainsi que la Citadelle et le Dépôt d’armes de Charleston en écoles militaires.
Si la Virginie était aussi performante avec une école militaire, peut-être la Caroline du Sud pourrait-elle faire mieux avec deux écoles. C’est du moins ce que semblaient penser le gouverneur Richardson et les législateurs. Ils allouèrent 8 000 dollars à l’Académie Militaire de l’Arsenal, située à Columbia et 16 000 dollars à l’Académie Militaire de la Citadelle située à Charleston. Les institutions furent placées sous le contrôle d’un conseil de visiteurs, et des dispositions furent prises pour la formation de cinquante-quatre cadets aux frais de l’État. Un nombre équivalent de cadets prenant en charge leurs frais d’inscription pouvaient également être admis. Dans chacun de ces groupes, trente-six membres devaient être formés à la Citadelle, tandis que dix-huit seraient placés à l’Arsenal. La répartition se faisait en fonction de la population dans chaque district judiciaire. La plupart des districts avaient droit à un ou deux cadets. Charleston pouvait en envoyer dix, tandis que Beaufort avait le droit d’en inscrire trois 29.
La personne qui eut peut-être le plus d’influence dans le développement du programme de ces écoles militaires durant les premières années était le commandant Richard W. Colcock, qui devint l’administrateur de la Citadelle en 1844. Colcock était auréolé d’une solide expérience de soldat et d’instructeur spécialiste des tactiques d’infanterie. Il proposa un programme de cours et un règlement intérieur similaires à ceux du système de West Point ; et il persuada un confrère de West Point, le capitaine Abbott H. Brisbane, de le rejoindre 30.
Bénéficiant du soutien enthousiaste des membres de la législature et d’autres fonctionnaires de l’État, les deux écoles prospérèrent. Lorsque le conseil des visiteurs effectua son inspection en 1843, ses membres eurent du mal à croire « qu’un tel changement avait eu lieu dans l’apparence et la conduite de garçons, qui, moins de douze mois auparavant, étaient arrivés au sein de ces institutions peu soucieux de leurs personnes, maladroits et ignorants. » Le conseil était convaincu qu’en plus de permettre la protection des armes et des propriétés publiques dans les deux lieux, la formation militaire des cadets facilitait grandement leur instruction dans d’autres domaines d’études « grâce à l’acquisition de bonnes habitudes à l’ordre et à la discipline 31. » Trotti ne tarit pas d’éloges à l’égard du travail de l’institut. Bien « qu’à peine venue au monde, » ajoutait-il, la Citadelle avait « dépassé les plus ardents espoirs de ses mécènes, et à l’instar de la courageuse petite batterie de Ringgold, justifié pleinement son droit à la confiance du pays 32. »
Le reste de la décennie ne témoigna d’aucun développement dans d’autres États ressemblant de près ou de loin à ce qui se déroulait en Virginie et en Caroline du Sud. Il y eut en plusieurs endroits cependant, une aspiration à traiter la question et à mettre l’idée à l’épreuve partout où cela serait réalisable. Dans le Tennessee, où existait une certaine opposition à l’Académie Militaire des États-Unis, une voix influente s’éleva en faveur de l’instruction militaire. En 1826, lors de son discours de remise de diplômes de fin de premier cycle, Philip Lindsley, le président de l’Université de Nashville, aborda ouvertement le sujet. Il évoqua la nécessité de cultiver le corps aussi bien que l’esprit et suggéra que cela pouvait se faire par le biais d’un programme pédagogique de nature militaire. Il rappela que « même les anciens pratiquaient diverses activités dans les domaines des sports, des jeux et des tactiques militaires 33. » Cet état d’esprit favorable très tôt à la formation militaire facilita sans doute l’introduction d’un tel programme au sein de cette institution en 1855 34. Néanmoins, avant que l’Université de Nashville n’adopte l’instruction militaire, ce système fut instauré à l’Université d’État de l’Est du Tennessee. En 1843, Albert Miller Lea devint professeur de mathématiques et de philosophie naturelle à l’école de Knoxville. Il mit en place presqu’immédiatement une compagnie de cadets et leur fit revêtir l’uniforme. Le programme prospéra durant un certain temps, mais fut abandonné trois ans plus tard 35.
Alors que l’Alabama n’était pas encore prêt à établir une académie militaire d’État, il semblait désireux de coopérer avec des écoles privées qui intégraient l’aspect militaire dans leur programme. L’Institut Scientifique et Militaire de l’Alabama fut constitué par la législature d’État en 1843, dans la ville d’Eufaula. L’année suivante, la législature exonéra d’impôts l’école et autorisa le gouverneur à procurer « autant d’armes qu’il serait nécessaire à son fonctionnement 36. » Un Institut Scientifique et Militaire également exonéré d’impôts fut établi en 1844 à Tuskegee. La législature lui donna rapidement la permission « de recevoir des armes et des équipements en provenance du gouverneur de l’État 37. » Ces deux établissements devinrent des écoles importantes pour la formation de la jeunesse de leurs communautés. L’institut situé à Tuskegee fut couvert d’éloges lors de l’assemblée générale de 1846. Les législateurs se réjouissaient du fait qu’une académie au cœur de l’État prépare de jeunes hommes à prendre le commandement de la Milice en cas de nécessité. La situation de l’école fut décrite comme « florissante — le programme d’instruction identique à celui de West Point — son commandant un expert de la Science Militaire, ayant servi dans l’Armée des États-Unis. » Les législateurs regrettaient cependant que l’école n’eût pas suffisamment d’armes pour l’entraînement de ses cadets ; par conséquent, le commandant fut autorisé « à s’adresser au Secrétaire à la Guerre, pour obtenir les armes qu’il jugera pertinent pour l’Institut d’acquérir, en lieu et place des mousquets assignés et fournis à l’État de l’Alabama 38 » Cette forme de soutien étatique d’académies militaires privées demeura la règle en Alabama jusqu’en 1860.
Le Kentucky effectua ses premiers pas vers un programme de formation militaire durant les années 1840. Entre 1847 et 1855, l’Institut Militaire de l’Ouest se développa dans différentes communautés du Kentucky, dont Georgetown, Blue Lick Springs et Drennon Springs. Il fut fondé par le colonel Thornton Johnston « qui souhaitait articuler le programme de West Point avec un apprentissage solide des langues anciennes et des belles lettres 39. » L’essor de l’école est sans doute davantage le fait de Bushrod R. Johnson, qui arriva au sein de l’institution en 1848 comme professeur de philosophie naturelle et de chimie et en devint l’administrateur en 1851. C’est lui qui déclara que le dispositif militaire ne se limitait pas à diffuser un savoir militaire, mais revenait à établir un contrôle absolu au sein de l’établissement universitaire et à assurer aux étudiants les avantages personnels d’une « répartition économique et uniforme du temps, des habitudes, de la ponctualité, de la santé, du conditionnement physique et de l’augmentation conséquente de leur vigueur mentale 40. » Durant sa première année, l’Institut Militaire de l’Ouest se vanta d’avoir enrôlé 136 étudiants ainsi que deux anciens élèves de West Point et un diplômé de l’Institut Militaire de Virginie parmi son corps enseignant composé de huit personnes 41. En dépit d’une maladie qui frappa l’école — l’une des raisons sans doute ayant entraîné son déménagement à plusieurs reprises — l’effectif parvint à se maintenir autour de 150 cadets jusqu’en 1855, date du transfert de l’école à Nashville, afin de devenir le département militaire de l’université locale 42.
En 1845, l’Institut Militaire du Kentucky, connu également sous le nom de Collège Fédéré et Institut Militaire du Kentucky, fut fondé par le colonel Robert T. P. Allen. Ce dernier espérait subordonner les études classiques aux activités pratiques et scientifiques. C’était un concept très populaire dans le Kentucky et, en 1847, la législature dota l’institution d’une charte très libérale. Le gouverneur de l’État fut désigné comme « Inspecteur, » tandis que l’adjudant-général fut nommé président du conseil des visiteurs. L’État promit également de fournir des armes et d’autres matériels permettant de mener à bien un programme de formation militaire 43.
James de Bow, qui fut professeur invité d’économie politique, de commerce et de droit commercial durant un trimestre d’été, se montra très enthousiaste au regard des perspectives qui s’ouvraient à l’école. Son emplacement était « sain et pittoresque, » le terrain idéalement configuré, et les bâtiments de caractère. Six personnes composaient son corps enseignant et le nombre d’étudiants « ne cessait d’affluer en provenance de toutes les régions de l’Ouest et du Sud-Ouest 44. » Le rédacteur en chef d’un des principaux journaux de la Nouvelle Orléans fut ravi, après l’examen de son registre en 1857, d’y trouver les noms de plusieurs Louisianais parmi ses diplômés et cadets 45. Deux ans plus tard, l’Institut publiait régulièrement des annonces publicitaires dans l’un des quotidiens de l’Alabama 46.
Le colonel Allen demeurait à l’école de manière intermittente. En 1849, il occupa le poste d’agent spécial du Département des Postes des États-Unis dans l’Oregon. L’année suivante, il publiait le journal Pacific News à San Francisco. En 1851, il retourna à l’école pour une période de quatre ans, puis partit dans le Sud-Ouest 47. La responsabilité du développement de l’école était laissée aux mains du colonel Francis W. Capers, « un tacticien et savant réputé qui hisserait l’institution à son plus haut rang 48. » Elle prospérait toujours en 1861 lorsqu’elle ferma ses portes et que la plupart de ses cadets et enseignants partirent à la guerre.
Le mouvement visant à la mise en œuvre de formations militaires dans le Sud accéléra ostensiblement durant la dernière décennie précédant la guerre de Sécession. Bien évidemment, l’intérêt croissant, quasiment en tous lieux, pour toutes formes d’enseignement, procurait aux défenseurs de l’instruction militaire une position privilégiée. De surcroît le succès des académies militaires soutenues par l’État comme celles de Virginie et de Caroline du Sud suscitait l’admiration de personnes occupant des postes tant dans le secteur public que le secteur privé d’autres États. Le prestige de la vie militaire fut grandement rehaussé par la guerre du Mexique, en particulier dans le Sud d’où partirent un nombre considérable de combattants. Lorsque les héros conquérants revinrent, ils incitèrent une population déjà favorable aux types d’enseignement permettant de fabriquer de bons soldats à y accorder plus d’importance encore.
Certains habitants du Sud pensaient que la région avait un besoin urgent de citoyens-soldats pouvant défendre leurs foyers devant la catastrophe qui semblait approcher 49. L’une des déclarations les plus éloquentes quant au rôle de l’enseignement militaire face à la crise imminente fut prononcée en 1854 par Richard Yeadon de Charleston. Exhortant les écoles militaires à fournir leur soutien inconditionnel, il déclara :

De par la nature même de notre institution qu’est l’esclavage domestique et à travers elle, notre exposition à des complots hostiles, tant sur nos terres qu’au-delà de nos frontières, il nous incombe doublement, ainsi qu’à notre consœurie des États du Sud de nourrir un esprit militaire et de diffuser la science militaire parmi notre peuple — Si le conflit devait être déclenché soit par des traîtres à l’union et à la constitution prônant « un droit supérieur », soit par des ennemis de l’extérieur, nous serions dès lors préparés et équipés pour y faire face, et le Sud pourrait défier le monde les armes à la main 50.

Il semblerait qu’un grand nombre d’habitants du Sud ait partagé l’avis de Yeadon et souhaitait agir. Dans la dernière décennie avant la guerre de Sécession, ils réussirent à implanter une instruction militaire dans plus de vingt écoles et universités. Certaines étaient des écoles militaires nouvellement fondées ; d’autres étaient d’anciennes institutions qui modifièrent leurs programmes pour inclure un enseignement militaire. Dès 1850, les membres du conseil d’administration du Jefferson College dans le Mississippi étaient convaincus qu’un programme d’entraînement militaire était la seule chose qui pourrait assurer la prospérité de leur établissement. Par conséquent, ils invitèrent le capitaine James M. Wells à rétablir le fonctionnement militaire qui avait été abandonné quelques années plus tôt. Durant les dix années qui suivirent, le Jefferson College devint progressivement une école militaire à part entière. Dans la plupart des domaines, l’uniforme des cadets inclus, West Point servait de modèle. Même si l’école restait aux mains d’un conseil d’administration privé, l’État procura des mousquets aux cadets pendant un certain temps. Dès lors, le Mississippi avait son académie militaire, et n’avait pas à payer d’impôts pour la financer 51.
Dans la ville de Tulip, dans l’Arkansas, le commandant George D. Alexander, qui avait dirigé une école mixte pendant plusieurs années, transféra les jeunes hommes dans un établissement qui, en 1850, fut amené à être connu sous le nom d’Institut Militaire de l’Arkansas 52. Durant la décennie suivante, il acquit un grand nombre de partisans à sa cause, et des cadets en provenance de toutes les régions de l’État s’y inscrivirent. Lorsque la guerre éclata, le corps enseignant et les étudiants fermèrent l’école et partirent rejoindre l’Armée des États Confédérés 53.
Lorsqu’en 1849, Arnoldus V. Brumby, un diplômé de West Point, démissionna du poste d’administrateur de l’Institut Militaire de l’Alabama, il ne mit pas un terme pour autant à sa carrière d’instructeur militaire. La Géorgie semblait prête à franchir le pas vers la préparation de ses jeunes hommes à devenir soldats, et Brumby s’y rendit pour offrir son aide. En 1851, il créa une société par actions qui rédigea une charte pour l’Institut Militaire de Géorgie établi à Marietta. Bien que l’école eût été contrôlée par un conseil d’administration privé, l’État manifesta un intérêt profond à son égard 54. La même année, la législature vota une loi « visant à prendre en charge l’éducation d’un certain nombre de cadets de l’État au sein de l’Institut Militaire de Géorgie, et à couvrir les dépenses liées à cette formation et à d’autres objectifs. » L’institut prenait dès lors la responsabilité de former huit cadets en provenance de chaque district congressionnel et deux autres parmi l’ensemble des habitants de l’État. Le gouverneur fut habilité à demander au gouvernement fédéral de fournir à l’école des armes et de l’équipement militaire 55. Seuls sept cadets s’inscrivirent au début du premier semestre, mais ils étaient vingt-huit avant la fin de l’année. Deux années plus tard, l’institut se targuait d’avoir cent-vingt cadets, cinq professeurs, et un professeur adjoint. Le cursus et la discipline étaient calqués sur West Point, bien évidemment, et la fierté de l’État à l’égard de l’établissement de Marietta augmenta progressivement. En 1857, l’État fit l’acquisition de l’établissement dans son ensemble, et l’institut devint une université d’État à part entière. Des dispositions furent prises pour la construction de bâtiments supplémentaires et l’achat d’instruments destinés à l’enseignement scientifique. Le nombre d’inscriptions progressa, et durant les toutes dernières années précédant la guerre de Sécession, l’effectif annuel était d’environ deux-cent cadets 56.
Dès 1860, le gouverneur Joseph Brown considérait l’Institut comme l’un des actifs les plus précieux de l’État. Il espérait que la législature augmenterait les crédits qui rendraient possible la diffusion « d’un savoir en science militaire parmi la population de chaque comté de l’État, ce qui en ces temps périlleux, et tout le monde doit en convenir, est un desideratum qui n’a pas son égal en importance... Soutenons le développement du génie militaire prometteur de notre État ; et guidons, à la lumière de la science militaire, les forces de cette valeur patriotique, qui irrigue parmi nous le cœur vaillant et le bras puissant d’un grand nombre de jeunes héros que la gloire n’a pas encore révélés 57. »
Lorsqu’en février 1855 J. Berrien Lindsley devint chancelier de l’Université de Nashville, alors sur le déclin, l’une de ses premières recommandations fut la restructuration du département de littérature en école militaire. La proposition rencontra un immense engouement au sein de la population. Depuis 1854 et la venue de cadets de l’Institut Militaire de l’Ouest à Nashville afin de participer à une cérémonie organisée au sein de l’université, beaucoup de voix s’étaient élevées en faveur de la création d’une école militaire à Nashville 58. Par conséquent, le 17 mars 1855, les citoyens de Nashville tinrent une réunion publique pour débattre de la proposition de Lindsley de fusionner l’Institut Militaire de l’Ouest, situé alors à Tyree Springs, dans le Tennessee, avec l’Université de Nashville. Le gouverneur Johnson et d’autres encore prononcèrent des discours exaltants juste avant que la proposition ne fût adoptée, puis un projet de collecte des fonds nécessaires fut élaboré 59. Le colonel Bushrod Johnson opéra rapidement le déplacement de ses cadets à Nashville, où de nouveaux bâtiments étaient en construction. En 1860, l’établissement était florissant avec plus de 600 cadets 60.
Comme si ces deux académies militaires florissantes financées par l’État ne suffisaient pas à former toute la jeunesse de Caroline du Sud, deux autres académies furent érigées pour bénéficier du développement de l’esprit martial de l’État. En janvier 1855, deux diplômés de l’académie de la Citadelle établirent l’École Militaire de Kings Mountain, parfois connue sous le nom d’Académie Militaire de Yorkville, située à Yorkville, en Caroline du Sud 61. En moins d’une année, ils posèrent la pierre angulaire d’un nouvel édifice. Un membre du conseil des visiteurs de la Citadelle fut l’orateur principal en cette occasion, et les jeunes dames d’une université voisine offrirent un étendard. L’école continua de se développer jusqu’en 1861, date à laquelle tous les officiers et une partie des cadets prirent part à la guerre sous la bannière de la confédération 62. Pendant ce temps, un autre ancien élève de la Citadelle se rendit à Aiken et ouvrit une école militaire qui existait encore lorsque la guerre éclata 63.
À la veille de la guerre de Sécession, aucun État ne montra autant de ferveur que l’Alabama dans l’intérêt qu’il portait à la formation militaire. Le gouvernement de l’État fut lent à assumer une entière responsabilité dans la formation de soldats-citoyens, mais il fit preuve d’une volonté opiniâtre afin de faciliter les programmes d’institutions privées. En 1852, la législature autorisa le gouverneur à obtenir du gouvernement fédéral des armes et tout l’attirail militaire nécessaire aux quatre écoles qui souhaitaient vivement introduire un dispositif d’enseignement militaire. Dans ce cadre, 100 mousquets de cadets, ainsi que l’équipement d’usage, devaient être acheminés à l’Institut pour Garçons de Wilcox, 64 à l’Académie Gibson F. Hill, 75 à l’Institut d’Orville et 64 à l’Institut d’Études Classiques et Scientifiques de Tuskegee. De surcroît, l’école de Tuskegee devait recevoir « deux pièces de canons de 6 livres pour l’instruction en tactiques d’artillerie 64. »
L’intérêt du gouvernement de l’État à l’égard des programmes militaires des écoles privées ne faiblit pas durant les années suivantes. En 1854, une école du nord de l’Alabama reçut 80 mousquets de cadets en provenance de l’arsenal de l’État 65. En 1856, l’Académie pour Garçons de Rehoboth obtint 50 mousquets et tenues militaires 66. Deux années plus tard, la législature habilita le quartier-maître général de l’Alabama à fournir à l’Institut Polytechnique du Sud un ensemble de 110 mousquets et fusils, ainsi que « cent exemplaires de chaque ouvrage consacré aux tactiques militaires que contiendra la bibliothèque d’état 67. » En 1860, des écoles des Comtés de Macon et de Barbour empruntèrent des armes pour la formation de leurs étudiants 68.
En outre, les écoles qui se dénommaient elles-mêmes académies militaires reçurent un soutien croissant au fil des années. L’académie de Gibson F. Hill dans le comté de Chambers était en réalité une école militaire, identifiée en 1852 comme l’Académie Militaire du Sud. Un ancien élève de la Citadelle s’y rendit la même année pour prendre le poste de commandant des cadets, et l’école adopta rapidement un plus grand nombre de méthodes militaires 69. En 1854, la législature habilita l’école à tenir pendant trois ans une loterie afin de collecter des fonds pour renforcer ses effectifs d’instructeurs, « améliorer son équipement, réduire les frais de scolarité et plus généralement aider l’académie militaire en question 70. » Deux ans plus tard, la législature donna son accord à l’université pour attribuer des diplômes, et exercer certains autres privilèges. Le gouverneur John A. Winston opposa son veto au projet de loi arguant du fait que la mesure n’ajoutait rien aux pouvoirs dont jouissait déjà l’Académie. Néanmoins, les législateurs semblaient impatients de démontrer leur soutien à tout ce qui pouvait renforcer la formation militaire. Ils passèrent outre le veto par un vote retentissant de vingt voix contre trois au sénat et de cinquante-quatre contre quatorze à la chambre des représentants 71. En 1860, la législature permit l’établissement d’une autre Académie Militaire du Sud à Wetumpka. Le gouverneur fut habilité à remettre les grades de colonel à l’administrateur et de lieutenant-colonel au commandant des cadets, et à fournir à l’académie les armes et autres équipements appropriés 72.
Les écoles situées à La Grange et Glenville reçurent un soutien très généreux de l’État d’Alabama. L’Université de La Grange avait commencé comme une petite institution privée en 1830 et avait rencontré des difficultés financières constantes durant les premières années de fonctionnement 73. Dans l’espoir de voir le nombre de ses mécènes grandir, elle introduisit les principes de l’enseignement militaire en 1858, devenant dès lors l’Université et Académie Militaire de La Grange. Un ancien commandant de cadets de l’Académie Militaire de Géorgie accepta le poste d’administrateur 74. L’école se mit à prospérer presque immédiatement. En moins de deux ans, elle se dédia entièrement au programme militaire, et la législature lui donna le nom d’Académie Militaire de La Grange 75. Durant la même période, des citoyens requéraient continuellement de l’état qu’il accorde un soutien plus tangible et plus large à La Grange. « Si vous votez l’adoption de cette aide à l’école, » dit un citoyen à son sénateur, « vos électeurs vous célébreront comme de bons et loyaux serviteurs désireux d’aider et de protéger un établissement scolaire et militaire qui n’a pas d’équivalent 76. »
Les premières heures de l’Académie de Glenville avaient été encore plus ternes que celles de La Grange. L’établissement, conçu à l’origine comme une académie militaire dans les années 1840, dut fermer la section masculine en 1845 en raison du manque de ressources financières. Il continua à péricliter jusqu’en février 1860, date à laquelle la législature utilisa les deniers publics afin de pourvoir à l’éducation de deux jeunes hommes pour chaque comté de l’État. Ils pouvaient s’inscrire soit à La Grange soit à l’Académie Militaire de Glenville, mais il était demandé à chacun d’entre eux de retourner dans leur région après avoir quitté l’école, « d’y enseigner et d’y faire exécuter des manœuvres à la milice... pendant un nombre d’années équivalent à leur temps d’instruction comme cadet de l’État 77. » L’État accepta également de fournir des armes et de l’équipement militaire aux deux institutions 78. La loi fut encensée en tant que mesure permettant de mettre à la disposition de l’État des « enseignants compétents et pragmatiques, et des officiers versés dans la science militaire 79. »
Il était pratiquement inévitable que l’engagement mis en œuvre dans les établissements de La Grange et Glenville allât plus loin encore dans l’Alabama, où l’engouement pour l’enseignement militaire était largement partagé. Dès 1852, le Président de l’Université de l’Alabama proposa que le conseil d’administration explore la possibilité d’introduire la composante militaire dans l’établissement 80. Durant plusieurs années de suite, des projets de loi furent déposés au sein de la législature visant à constituer un département d’études militaires, mais ils furent tous rejetés, principalement en raison des dépenses que cela occasionnerait. Cependant, la tension accrue entre le Nord et le Sud finit par convaincre les Alabamiens qu’aucune mesure ne devait être négligée dans la préparation à un éventuel conflit 81. Peu de temps après le raid de John Brown sur Harpers Ferry, une proposition de loi visant à implanter un département militaire dans l’université fut introduite. Elle fut adoptée en février 1860. Durant la même période, le président de l’Université, Landon C. Garland, avait été chargé de visiter les principales institutions militaires des États-Unis et « de conduire une enquête à propos de la nature et de la portée du système 82. »
L’Université était, d’un point de vue juridique, entièrement placée sous la discipline militaire. Les officiers du département militaire prenaient leurs ordres du gouverneur. L’État devait fournir « le matériel de guerre, les armes, les équipements et les munitions qui seraient nécessaires pour les exercices et les manœuvres des étudiants de l’université concernée 83. » Le Secrétaire à la Guerre, John B. Floyd, désigna le capitaine Caleb Huse, un ancien professeur de West Point, pour mettre en œuvre le nouveau système, et le conseil d’administration le nomma commandant des cadets 84. Le nouveau système fut inauguré au cours de l’automne 1860. Les étudiants étaient véritablement ravis, et même les universitaires qui s’y étaient d’abord opposés, le louèrent dès le premier mois. Lorsque la guerre advint, un grand nombre des cadets, bien qu’à peine intégrés, furent désignés comme instructeurs pour les régiments nouvellement créés.
La Louisiane n’était pas restée complètement indifférente à l’essor de l’enseignement militaire dans d’autres États. Il y eut des discussions au début des années cinquante à propos d’une académie militaire et navale d’État. En 1856, la législature adopta une résolution exigeant de la commission permanente en charge du corps de la milice qu’elle examine l’opportunité d’ajouter une académie militaire à la construction envisagée d’un séminaire géré par l’État et de nommer un cadet pour chaque paroisse. L’enquête ne mena à rien, mais le général George Mason Graham, un ardent défenseur de l’enseignement militaire, fut nommé président du conseil d’administration du nouveau séminaire. Graham s’employa à développer les soutiens pour la mise en place d’une pratique militaire au sein de l’école d’État ; il espérait en effet remplacer le séminaire par une école militaire. L’enseignement classique avait échoué, proclamait-il, et seul un système militaire permettrait de discipliner la jeunesse turbulente de Louisiane. Braxton Bragg, ancien diplômé de West Point, et Richard Taylor, fils du général Zachary Taylor, soutinrent vivement la position de Graham 85.
En 1858, une loi pérenne d’organisation fut votée. Elle prévoyait, entre autres choses, la nomination d’un conseil de surveillance comprenant le gouverneur, l’administrateur en charge de l’éducation, et douze autres membres. En mai 1859, le conseil décida que le séminaire devrait devenir « une institution scientifique et littéraire sous régime militaire, suivant un programme et une organisation similaires à ceux de l’Institut Militaire de Virginie 86. » James De Bow était parmi ceux qui se réjouissaient de la décision d’établir une école militaire 87. Aussitôt, Graham envoya des courriers aux candidats potentiels pour le corps enseignant. William T. Sherman fut élu administrateur. Parmi les six professeurs qui composèrent le premier corps enseignant, un seul n’avait pas de formation militaire 88. Le 1er janvier 1860, l’Académie Militaire et Séminaire d’Apprentissage de l’État de Louisiane ouvrait ses portes à 60 cadets.
Sherman ne semblait pas adhérer complètement à l’idée d’une formation militaire. Il écrivit à un proche que les universités militaires du Sud pouvaient bien « faire partie d’un dessein secret », mais il doutait que ce fût le cas pour l’institution de Louisiane 89. Avec l’aide de Graham, il mit en œuvre la pratique militaire juste après le début du premier semestre. Le commandant des cadets se nommait Francis W. Smith, dont l’oncle était l’administrateur de l’Institut Militaire de Virginie. En mars 1860, le séminaire fut transformé en Arsenal Central de l’État, mais d’autres armes étaient nécessaires pour l’entraînement. Par conséquent, durant l’été 1860, Sherman se rendit à Washington muni d’une autorisation délivrée par le gouverneur pour obtenir des armes du département de la guerre au nom de l’État. Bien que la Louisiane eût déjà perçu pleinement son quota d’armes, Sherman fut surpris de découvrir que le secrétaire à la guerre, John Floyd, promit de répondre à la demande et s’en acquitta intégralement 90. Dans le même temps, Graham fit parvenir des munitions au Séminaire et la paroisse de Les Rapides affecta 250 dollars pour acheter de la poudre, du plomb et des amorces. On parlait beaucoup de révoltes de noirs, et Sherman promit de faire intervenir rapidement les cadets à tout endroit où une révolte menacerait 91. Lorsque la guerre éclata, il trouva sage de quitter l’institution où il était extrêmement populaire et où il était admis qu’il avait été un administrateur particulièrement brillant 92.
En 1857 les habitants de Bastrop, dans le Texas, décidèrent que l’académie régionale qui était sur le déclin depuis de nombreuses années serait parfaitement relancée en étant réorganisée comme un institut militaire 93. Ils eurent la chance de s’assurer les services de Robert T. P. Allen, dont la carrière à l’Institut Militaire du Kentucky était bien connue dans le Sud-Ouest. Le nouvel administrateur, que les cadets surnommaient affectueusement Allen « le hâte-pèse-dresse 94 », amena avec lui son fils, le commandant Bob Allen, qui officia comme commandant des cadets. Très vite la nouvelle institution devint un centre d’apprentissage populaire, commis à une discipline stricte, et se targuant de proposer un programme qui n’avait rien à envier à ceux des meilleures universités 95. Les cadets de Bastrop, qu’on appelait dans la région les « petits gars de l’armée », faisaient des manœuvres tous les jours et attiraient de larges foules qui venaient observer leurs évolutions et leurs exercices. Le général Samuel Houston fut si fortement impressionné qu’il y inscrivit ses deux enfants et rendit de fréquentes visites à l’institution 96. Quand la guerre fut déclarée, l’administrateur servit comme colonel dans le 17e régiment d’infanterie du Texas, et un grand nombre de ses cadets servirent sous ses ordres ou dans d’autres garnisons 97.
La Caroline du Nord, d’où avaient émergé les premiers signes d’un intérêt pour l’enseignement militaire, resta activement impliquée. En 1858, Daniel Hill commença à établir des plans pour l’ouverture de l’institut Militaire de Caroline du Nord à Charlotte. Observateur des événements depuis son poste de professeur de mathématiques à l’Université de Davidson, il était bouleversé par la tension grandissante et décida de s’engager dans un travail qui aurait « une plus grande utilité. » Hill éprouvait une très grande admiration pour le service que l’Institut Militaire de Virginie avait rendu en fournissant à l’État plus de quatre cent officiers préparés et espérait qu’il pourrait apporter une contribution semblable à la Caroline du Nord, bien qu’il ne fût pas très optimiste quant à ses chances de réussite 98. Charles C. Lee vint à Charlotte pour officier comme commandant des cadets, et avec l’aide de deux autres instructeurs, Hill ouvrit son école durant l’automne 1859 99.
En moins d’une année, l’Institut Militaire de Caroline du Nord avait plus de cent cadets inscrits ; lorsque Fort Sumter tomba, ils étaient cent cinquante. Fin avril 1861, les dames de Charlotte offrirent au corps des cadets un drapeau de Sécession, « fabriqué de leurs propres belles mains. » L’administrateur fut chargé du Premier Camp d’Instruction d’État, situé à Raleigh, et le gouverneur Ellis donna l’ordre à l’ensemble du corps des cadets de se rendre à Raleigh afin d’y servir comme instructeurs. Plus tard, un grand nombre d’entre eux rejoignit le Régiment Bethel sous le commandement de leur ancien administrateur 100. Le colonel Hill n’avait pas construit l’équivalent de l’Institut Militaire de Virginie, mais il avait réalisé un début prometteur en moins de deux ans.
Au moment où Hill ouvrait son école à Charlotte, Charles C. Tew fondait l’Institut Militaire de Hillsboro dans la région centrale de l’État. Plusieurs membres des académies militaires de Caroline du Sud lui offrirent leur aide. En quelques mois, le corps des cadets, fort de plus de cent éléments, était en uniforme, armé et « superbement exercé conformément aux manœuvres méticuleuses du jour portant sur la formation en ordre serré 101 » Lorsque sonna l’heure de la guerre, contempler les cadets les plus expérimentés, « âgés de treize ans et plus, chacun menant d’un pas lourd sur le terrain de rassemblement leur escouade d’hommes adultes, grisonnants pour certains » offrait un tableau inédit 102. Bientôt le fonctionnement de l’académie fut suspendu, et la plupart des cadets suivirent leur administrateur dans l’armée des confédérés.
D’autres écoles militaires dans la Caroline du Nord étaient, pour la plupart, des instituts mobiles ou temporaires à l’instar de ceux dirigés par Murphey en 1809 et Bingham en 1826. Parmi ces derniers, on trouve l’Institut Militaire Franklin de C. B. Denson dans le comté de Duplin, l’école de D. H. Christie à Henderson, et d’autres encore à Raleigh, Oxford et Statesville 103. Dès 1860 et 1861, ces écoles proposaient des formations d’officiers en trente et soixante jours en vue du conflit imminent. Il restait peu de temps ; et la Caroline du Nord, pionnière dans le domaine militaire, en avait déjà perdu beaucoup.
Un facteur essentiel dans le développement des écoles militaires fut le dévouement de ses diplômés. Il y avait les anciens élèves de West Point, qui faisaient la promotion de l’enseignement militaire avec une ferveur peu commune 104. Les diplômés des écoles militaires du Sud ne furent pas en reste, et l’Institut Militaire de Virginie servit non seulement de modèle pour de nouvelles écoles mais également de vivier de professeurs. Les diplômés des écoles de Caroline du Sud étaient apparemment les plus zélés d’entre tous 105. Même les écoles fondées plus tardivement missionnèrent des diplômés pour promouvoir la cause de l’enseignement militaire. Dès 1860, les écoles militaires du Sud semblaient largement en mesure d’assurer leur pérennité.
Ces « West Points du Sud » reflétaient l’esprit martial et contribuèrent simultanément à son développement. Leur étroite observance des coutumes de prestigieuses écoles militaires aux États-Unis et à l’étranger donne une idée de l’emprise qu’avait cette idée sur un grand nombre de sudistes. Les écoles militaires du Sud rejetaient non seulement toute prétention à l’originalité, mais promouvaient le fait qu’elles étaient conçues sur le modèle de West Point ou de l’Institut Militaire de Virginie. Elles utilisaient dans la mesure du possible le programme de West Point, les textes de West Point, le système de notation de West Point, et la discipline de West Point. Même dans les années 1850, il y n’eut que de très rares inflexions, comme par exemple l’annonce faite par Citadelle du remplacement des écrits de Calhoun par le Commentary on the Constitution de Story 106.
L’intérêt porté aux uniformes semblait aussi profond que celui consacré aux programmes pédagogiques. La conception des uniformes était généralement l’un des premiers points à être réglé lorsqu’une école était fondée. Lorsque le Southern Advocate annonça l’ouverture d’une école militaire à Huntsville, dans l’Alabama, il fut conseillé aux cadets candidats de prendre langue avec un tailleur de la région qui leur fournirait un uniforme qu’ils pourraient porter avant la cérémonie d’ouverture 107. Même dans ce domaine, il y avait très peu de variation par rapport au modèle de West Point. Les uniformes gris de l’Institut Militaire de Virginie et des écoles de Caroline du Sud ressemblaient à ceux de West Point. Ils arboraient cependant des boutons qui portaient les insignes de leurs États respectifs 108.
La Louisiane présentait un visage plus original. Sherman et Grahman décidèrent d’utiliser une tenue de couleur bleu foncé avec des pantalons d’un bleu plus clair 109. Le colonel Allen adopta pour Bastrop un uniforme aux teintes bleu foncé, avec des rayures rouges le long des pantalons, tandis que les cadets de La Grange portaient des uniformes gris et blancs 110. On peut remarquer dans le soin apporté aux détails vestimentaires un désir de stimuler l’ambition et la vanité des soldats en devenir. Les ornements n’étaient pas chose commune dans le Sud, même chez les membres des classes aisées ; un tel faste ne laissait donc personne indifférent. Si les uniformes plutôt tape-à-l’œil n’avaient pas pour but d’être considérés comme des tenues joyeuses de carnaval, ils pouvaient tout de même être considérés comme des substituts exaltants dans ces coins de campagne relativement calmes et moroses 111.
Ces écoles militaires bénéficiaient d’excellentes relations publiques. En effet, elles prenaient délibérément part à des activités destinées à susciter l’intérêt et l’admiration de la populace. L’ouverture des examens au public, qui était déjà une pratique très répandue dans différentes écoles des États-Unis fut adoptée par chacune d’entre elles. Ces examens donnaient aux citoyens les plus sérieux l’opportunité de se forger une opinion — généralement favorable. Certaines manœuvres qui faisaient partie de la routine quotidienne de chaque académie militaire étaient ouvertes au public. Les corps de cadets rendaient de fréquentes visites à d’autres communautés pour faire la démonstration de leurs compétences, exhiber leurs beaux uniformes et recevoir les ovations des foules. En 1842, des cadets de l’Institut Militaire de Virginie se déplacèrent à Richmond, où ils défilèrent sur les terres du capitole et furent soumis à un examen devant la législature. L’impression qu’ils firent fut profonde et durable. Les législateurs augmentèrent de façon substantielle les crédits de l’institut. Dans les années qui suivirent, les cadets visitèrent non seulement Richmond mais se rendirent également à Petersburg, Norfolk et dans d’autres communautés 112. Les institutions de Caroline du Sud établirent très tôt la coutume de se déplacer dans les plus grandes villes et d’y démontrer leur savoir-faire militaire. En 1854, les cadets des deux académies organisèrent « une marche pacifique mais triomphale à travers l’État. » Ils voyagèrent de Columbia à Chester, puis se rendirent à Yorkville, Spartanburg, Greenville, Laurensville, Newberry pour ensuite revenir dans la capitale. L’expédition « contribua sans doute à populariser les institutions tout en participant au plaisir et à l’instruction des cadets 113. » Dans l’Alabama, les cadets de La Grange participaient régulièrement à de grands rassemblements festifs. En 1859, ils firent frissonner les foules aux foires de Decatur et Tuscumbia 114 ; l’année suivante, ils captivèrent leur public à la foire d’Athens. Certaines de ces institutions reçurent un soutien public plus important durant la dernière décennie avant la guerre de Sécession, en raison de l’appréhension croissante de beaucoup d’habitants du Sud à l’égard de l’avenir. Les défenseurs d’une préparation à la guerre considéraient ces écoles comme des facteurs décisifs pour atteindre un degré d’indépendance politique et militaire. En 1854, un visiteur dit aux cadets de l’Institut Militaire de Virginie qu’ils constituaient le noyau dur de ce qui serait des troupes militaires citoyennes efficaces. Dans un futur proche, on attendrait d’eux qu’ils « soutiennent la cause de citoyens libres en portant les armes de citoyens libres 115. » Smith, de l’Institut Militaire de Virginie, se réjouit du fait que, dès 1856, les diplômés étaient disséminés à travers tout l’État ; il ajoutait :

Puisse Dieu accorder à notre État qu’il n’ait jamais besoin de leurs services sauf pour faire face à un ennemi étranger. Cependant la Virginie est loyale à la Constitution Nationale, et si elle devait prononcer le terrible cri de ralliement « Aux Armes ! », les diplômés et les cadets de son école militaire seront les principales composantes de sa défense, et ils se rallieront autour de son étendard comme un seul homme 116.

La valeur de mesure préparatoire incarnée par les écoles militaires était également reconnue dans d’autres États. En 1859, le gouverneur de Caroline du Sud déclara que la sagesse d’avoir implanté des écoles militaires à Charleston et à Columbia devenait chaque jour plus évidente. Il se réjouissait du fait que les jeunes hommes qui sortaient de ces écoles étaient parfaitement formés pour instruire les troupes de citoyens soldats. Cela signifiait que l’État avait sous son autorité « à chaque instant, les moyens d’une organisation efficace pour répondre à toute urgence qui surviendrait 117. » En 1860, le premier magistrat de Géorgie déclara qu’il appréciait pleinement la valeur de l’Institut Militaire de Géorgie et exigeait qu’il fût soutenu de façon continue. Cela doit se faire, dit-il, car « nous ne savons pas quand nous pouvons être poussés à la nécessité de défendre nos droits et notre honneur par la force militaire 118. »
Par conséquent, la relation entre l’enseignement militaire et les politiques menées dans le Sud était clairement établie. À défaut d’avoir accompli autre chose, les West Points du Sud réussirent à faire naître chez un nombre considérable d’habitants une reconnaissance pour leur rôle : servir et à protéger la communauté. Sortaient de ces institutions un nombre toujours plus grands de leaders qui pouvaient instruire et commander à la matière humaine afin qu’elle serve de rempart au Sud. Dès 1861, cela était devenu capital. En effet, durant les premiers mois cruciaux de cette année, les cadets d’écoles militaires du Sud ouvrirent la voie afin que de jeunes sudistes basculent de leurs passe-temps pacifiques à un service militaire actif. Le printemps de la même année, chaque cadet de l’Institut Militaire de Virginie fut appelé à servir, et tous quittèrent l’institution à l’exception de quarante-huit d’entre eux, relativement jeunes, dont la fonction fut de garder l’établissement pendant la durée des hostilités 119. Avant même que la guerre n’éclate, le conseil des visiteurs de l’Académie de la Citadelle avait proposé à l’État de Caroline du Sud les services de ses officiers et de ses cadets. Peu de temps après l’ouverture du feu sur Fort Sumter, presque tous ses cadets et ses diplômés étaient au service de l’État ou de la confédération 120. Cela se passa quasiment de la même manière à l’Institut Militaire de Caroline du Nord, à La Grange dans l’Alabama, dans la nouvelle école de Louisiane et dans les autres institutions militaires du Sud 121. Les habitants du Sud pouvaient être fiers du fait qu’en temps de paix ils s’étaient solennellement préparés pour la guerre.